Le président national de l’Alliance des Congolais pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP), Jonas Kasimba, a appelé jeudi les autorités congolaises à une intervention sanitaire d’urgence en faveur de Beni, confrontée à une crise humanitaire aggravée par l’afflux massif de déplacés de guerre.
Dans une correspondance adressée au ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévention, ce notable du Nord-Kivu alerte sur l’état critique du système de santé dans cette ville de l’est de la République démocratique du Congo, devenue un point de chute pour des milliers de civils fuyant les zones occupées par l’AFC/M23.
Selon ce plaidoyer, la population de Beni, estimée à près de 700.000 habitants, s’est fortement accrue avec l’arrivée de plus de 150.000 déplacés en provenance des zones voisines en conflit, accentuant une pression déjà importante sur des infrastructures sanitaires jugées insuffisantes.
Les structures de santé locales peinent à répondre à cette demande croissante. Certains centres couvriraient jusqu’à 25.000 personnes, bien au-delà des normes recommandées par l’Organisation mondiale de la santé. L’hôpital général de référence de la ville fonctionnerait, lui, à plus de 150 % de sa capacité, selon la même source.
Le document décrit des conditions de prise en charge particulièrement dégradées, avec des patients soignés dans la promiscuité, parfois à même le sol, faute de lits disponibles. À cette situation s’ajoute une recrudescence des maladies hydriques, favorisée par l’accès limité à l’eau potable et à des infrastructures d’assainissement adaptées.
Le coût des soins constitue également un obstacle majeur pour de nombreux déplacés, souvent dépourvus de ressources financières.
Face à cette situation, Jonas Kasimba plaide pour des mesures immédiates, notamment la construction d’un second hôpital général de référence, l’extension des structures existantes et l’approvisionnement urgent en médicaments essentiels et équipements médicaux.
Il appelle en outre à la gratuité des soins d’urgence pour les populations vulnérables, à la mise en place d’un fonds spécial de contingence sanitaire, ainsi qu’à l’octroi de primes de risque au personnel soignant. Le renforcement des effectifs et la mécanisation des agents de santé figurent également parmi les priorités évoquées.
Le responsable de l’ACDIP exhorte par ailleurs le gouvernement à organiser une caravane médicale d’urgence à Beni et à intégrer cette ville dans les priorités du programme de développement des territoires, avec un accent particulier sur les infrastructures sanitaires.
« L’accès aux soins de santé à Beni n’est plus une question technique, mais une question de survie nationale », a-t-il déclaré.
Malgré la présence d’organisations humanitaires sur le terrain, leurs capacités restent limitées face à l’ampleur des besoins. Sans une réponse coordonnée et de grande envergure des autorités, le risque d’un effondrement du système sanitaire local demeure élevé, préviennent plusieurs observateurs.
Daudi Amin