Derrière les discours ambitieux sur la transformation agricole, la 13e Conférence des gouverneurs, ouverte ce 24 mars 2026 à Bandundu, dans la province du Kwilu, met en lumière une réalité plus complexe : celle d’une décentralisation encore fragilisée par des blocages structurels et financiers.
Si le Président Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de moderniser les secteurs agricole, pastoral et halieutique, plusieurs intervenants ont recentré le débat sur les difficultés concrètes auxquelles font face les provinces.
En filigrane, une question domine : comment parler de transformation économique sans moyens réels au niveau local ?
Le malaise des provinces exprimé
Parmi les voix les plus critiques, celle du gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi, a mis en évidence les insuffisances du système actuel.
Il a notamment pointé : l’absence de mise en œuvre effective de la Caisse nationale de péréquation, l’irrégularité des rétrocessions financières du pouvoir central, et le manque de mécanismes fiables pour financer les politiques provinciales.
Ces préoccupations traduisent un décalage persistant entre les principes de la décentralisation consacrés par la Constitution et leur application sur le terrain.
Discours central contre réalités locales
Dans son intervention, Félix Tshisekedi a reconnu implicitement ces failles en appelant à plus de discipline budgétaire, de transparence et de responsabilité au niveau provincial.
« Il n’y aura pas de transformation agricole durable sans gouvernance provinciale exemplaire », a-t-il déclaré.
Mais pour plusieurs observateurs, cette injonction soulève une autre interrogation : les provinces disposent-elles réellement des moyens nécessaires pour répondre à ces exigences ?
Officiellement consacrée à la transformation rurale et à la sécurité alimentaire, la Conférence des gouverneurs apparaît aussi comme un espace de confrontation feutrée entre ambitions nationales et contraintes locales.
Le Chef de l’État a appelé à une « clarification » des responsabilités entre exécutifs provinciaux et assemblées provinciales, signe que les dysfonctionnements institutionnels restent un frein majeur.
Une réforme encore inachevée
Instituée par la Constitution de 2006, la Conférence des gouverneurs devait incarner un outil de coordination et de cohésion nationale. Pourtant, près de deux décennies plus tard, les débats de Bandundu montrent que la décentralisation congolaise reste en chantier.
Entre retards dans l’exécution des recommandations passées, tensions budgétaires et attentes croissantes des populations, cette 13e session pose une question centrale : la réforme territoriale peut-elle réellement produire ses effets sans une refonte du modèle de financement des provinces ?
Dans un pays de la taille de la République Démocratique du Congo, la réponse à cette question pourrait déterminer, bien au-delà des discours, la capacité de l’État à transformer durablement ses territoires.
Diddy Mastaki