Ce qui est depuis longtemps une pratique bien connue dans certains pays de la région des Grands Lacs, notamment en République Démocratique du Congo sous l'appellation de « Salongo », prend désormais une nouvelle dimension. L'Ouganda vient d'institutionnaliser une Journée nationale de nettoyage, une initiative qui suspendra chaque dernier samedi du mois les activités publiques pendant trois heures afin de mobiliser la population autour de l'assainissement du cadre de vie.
À travers un communiqué publié le 24 juillet, la Police Ougandaise a annoncé que cette première édition se tiendra le samedi 25 juillet 2026, de 7 heures à 10 heures, conformément à l'initiative lancée par la Première ministre Robinah Nabbanja sous le slogan : « A Clean Uganda is Everyone's Responsibility » ( Un Ouganda propre est l'affaire de tous).
Durant cette période, la circulation des véhicules, des motos (Boda-bodas), des vélos et même des embarcations sera interdite sur l'ensemble du territoire, à l'exception des services d'urgence, des véhicules des forces de sécurité et du trafic transfrontalier sur les principaux corridors régionaux. Les commerces devront également fermer leurs portes afin de permettre à chacun de participer aux travaux de nettoyage.
Le gouvernement Ougandais explique que cette mesure vise à promouvoir un environnement plus propre, à améliorer la santé publique et à prévenir les maladies liées à l'insalubrité. Les citoyens, les commerçants, les institutions et les leaders communautaires sont appelés à prendre une part active à cette opération qui se répétera désormais chaque dernier samedi du mois.
Entre enthousiasme et incompréhension
Si l'objectif sanitaire fait largement consensus, le caractère obligatoire de cette initiative suscite déjà de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Certains internautes ont accueilli la nouvelle avec humour. L'un d'eux ironise : « Pas d'activités le samedi, pas de voitures sur les routes, pas de Boda-bodas, pas de magasins ouverts. L'Ouganda sera complètement à l'arrêt de 7 h à 10 h pour que tout le monde nettoie ».
D'autres remettent en cause le principe même de cette obligation citoyenne.
« Vous venez simplement de nous créer trois heures pour dormir. Allez-vous vraiment obliger les Ougandais à sortir de chez eux pour nettoyer les espaces publics alors qu'ils paient déjà des taxes pour que ce travail soit assuré ? », s'interroge un autre internaute.
Ces réactions illustrent le défi auquel les autorités Ougandaises devront faire face : convaincre la population que cette mobilisation collective ne remplace pas les services municipaux, mais constitue un complément destiné à renforcer la responsabilité citoyenne dans la préservation de l'environnement.
Le « Salongo » franchit les frontières
Longtemps associé à la République Démocratique du Congo, où les travaux communautaires de salubrité ont marqué plusieurs générations, le concept du Salongo semble désormais s'étendre à l'échelle sous-régionale. En faisant de cette pratique une politique publique nationale, l'Ouganda rejoint les pays qui misent sur l'engagement direct des citoyens pour améliorer durablement le cadre de vie.
Reste désormais à savoir si cette nouvelle culture de participation citoyenne sera pleinement adoptée par les Ougandais ou si les débats sur le partage des responsabilités entre l'État et les contribuables continueront d'alimenter les discussions dans les semaines à venir.
Diddy Mastaki