En félicitant Paul Kagame pour l’attribution d’un Grand Prix de Formule 1 au Rwanda, Cyril Ramaphosa confirme le réchauffement des relations entre les deux pays. Un rapprochement qui contraste avec la position de la RDC, opposée au projet et soutien de la candidature sud-africaine.
« Mon cher frère. » Les mots employés par Paul Kagame pour remercier Cyril Ramaphosa, le 15 octobre, donnent la mesure du changement de ton. Après les tensions provoquées en 2025 par la mort de soldats sud-africains dans l’est de la RDC, les deux présidents affichent désormais leur volonté de se rapprocher.
Paul Kagame a choisi la chaleur pour répondre aux félicitations de Cyril Ramaphosa. Le président sud-africain venait de saluer l’accord de dix ans permettant au Rwanda d’accueillir un Grand Prix de Formule 1 au début des années 2030, sur le futur circuit de Bugesera.
Entre les deux dirigeants, les mots comptent. En 2025, la mort de soldats sud-africains dans l’est de la République démocratique du Congo avait provoqué une vive confrontation entre Pretoria et Kigali. Aujourd’hui, les deux présidents mettent en avant une ambition commune pour le continent.
Pour Kinshasa, qui continue de combattre la légitimation internationale de son voisin rwandais, le contraste est difficile à ignorer.
Du soutien militaire à la RDC au dialogue avec Kigali
En février 2024, la présidence sud-africaine annonçait l’engagement de 2 900 militaires dans le cadre de la mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, en RDC. Leur objectif, soutenir les efforts contre les groupes armés dans l’est du pays. Pretoria confirmait ainsi son rôle de partenaire sécuritaire de Kinshasa.
L’année suivante, les combats contre le M23 et la mort de militaires sud-africains avaient brutalement tendu les rapports avec le Rwanda. Les accusations publiques et les échanges entre dirigeants semblaient alors éloigner toute perspective de rapprochement.
Mais, en juin 2026, les deux capitales ont engagé une nouvelle étape de normalisation diplomatique. La reprise du dialogue devait permettre de reconstruire leur relation et de relancer la coopération. Les messages échangés autour de la Formule 1 donnent désormais une traduction publique à ce rapprochement.
La fraternité par le sport
Dans son message du 15 octobre, Cyril Ramaphosa présente l’accord obtenu par Kigali comme une reconnaissance des capacités du Rwanda et, plus largement, de l’Afrique. Il propose également de mettre l’expérience sud-africaine dans l’organisation de grandes compétitions internationales au service du projet.
La réponse de Paul Kagame prolonge cette lecture continentale. Remerciant son « cher frère », le président rwandais se dit prêt à travailler avec lui et avec tous ceux qui partagent l’ambition de faire de l’événement un Grand Prix véritablement africain.
L’échange dépasse ainsi les félicitations protocolaires. Il permet aux deux dirigeants d’afficher leur entente sur un projet visible, fédérateur et tourné vers l’avenir, après une période dominée par leurs désaccords sécuritaires.
Pour Kigali, le bénéfice diplomatique est évident, le soutien public de Pretoria accompagne une opération majeure de rayonnement international. Pour l’Afrique du Sud, célébrer le succès rwandais permet de défendre une solidarité continentale sans renoncer à ses propres ambitions automobiles.
Kinshasa face aux choix de son partenaire
La lecture congolaise est tout autre. Kinshasa condamne l’attribution du Grand Prix au Rwanda, estimant qu’une telle vitrine internationale profite à un pouvoir qu’elle accuse d’alimenter la guerre sur son territoire. La RDC rappelle parallèlement son soutien à la candidature sud-africaine.
C’est là que se dessine le décalage. Alors que les autorités congolaises présentent Pretoria comme une alternative à Kigali pour accueillir la compétition, le président sud-africain félicite son homologue rwandais et lui propose son concours.
Cette divergence ne permet pas, à elle seule, de conclure à la fin du partenariat entre l’Afrique du Sud et la RDC. Aucun des messages échangés le 15 octobre n’annonce un désengagement sud-africain envers Kinshasa. Ils montrent toutefois que Pretoria entend entretenir sa relation avec Kigali selon ses propres priorités.
La lune de miel est-elle terminée entre la RDC et l’Afrique du Sud ? Le diagnostic serait prématuré. Mais les marques de fraternité entre Ramaphosa et Kagame rappellent à Kinshasa une réalité, ses partenaires conservent leur liberté de dialogue avec son voisin.
Rédaction