Alors que la province de l’Ituri poursuit sa mobilisation contre la maladie à virus Ebola, une nouvelle controverse vient mettre en lumière les défis de l’organisation de la riposte. Des prestataires du pilier Prévention et Contrôle des Infections (PCI) de la zone de santé de Bunia dénoncent des retards de paiement estimés à près de deux mois et annoncent avoir suspendu leurs activités pour réclamer la régularisation de leur situation.
Dans un mémorandum adressé aux autorités compétentes, ces agents affirment avoir accompli leurs missions dans des conditions difficiles afin de limiter la propagation du virus dans les structures sanitaires et auprès des communautés. Ils demandent notamment une vérification transparente des listes de paiement, le règlement des arriérés et une enquête sur d’éventuelles irrégularités.
« Le processus de paiement aurait été clôturé alors que plusieurs prestataires PCI n’ont reçu aucune rémunération pour près de deux mois de travail », indiquent les signataires du mémorandum, qui estiment que cette situation affecte le moral des équipes engagées dans la riposte.
Cette situation relance le débat sur la gestion des ressources humaines dans les interventions d’urgence sanitaire. Les agents de première ligne constituent pourtant un maillon essentiel du dispositif, particulièrement pour le PCI, qui vise à protéger les patients, les accompagnateurs et le personnel médical contre les risques de transmission du virus.
Les autorités face aux préoccupations du terrain
Depuis le début de la riposte, le gouvernement Congolais a multiplié les annonces sur le renforcement de la réponse sanitaire en Ituri, avec la mobilisation des moyens humains, matériels et financiers nécessaires. Lors de ses déplacements à Bunia, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Samuel Roger Kamba, avait reconnu l’importance des équipes engagées sur le terrain et la nécessité d’améliorer l’organisation de la riposte.
Les autorités sanitaires ont également insisté sur la nécessité d’assainir les mécanismes de gestion des prestataires, notamment à travers la vérification des listes afin de garantir que les personnes effectivement impliquées dans les activités soient celles qui bénéficient des paiements.
Mais pour les agents concernés, ces explications ne répondent pas entièrement aux difficultés rencontrées au quotidien. Ils demandent que les engagements annoncés se traduisent par des actes concrets, notamment le paiement régulier des prestations.
Une question de confiance dans la riposte
Au-delà de la question financière, les retards de paiement posent un enjeu de confiance entre les acteurs de la riposte. Dans une épidémie où la rapidité d’intervention et la discipline des équipes sont déterminantes, toute démotivation prolongée des prestataires pourrait affecter certaines activités essentielles comme la surveillance, l’application des mesures d’hygiène et la prévention des infections.
Pour plusieurs observateurs, la réussite d’une riposte ne dépend pas uniquement des équipements médicaux ou des infrastructures disponibles. Elle repose également sur la capacité à maintenir motivés les hommes et les femmes qui assurent les interventions au quotidien.
Entre engagements et réalités du terrain
La crise actuelle autour des paiements des prestataires PCI illustre ainsi un écart possible entre les efforts annoncés au niveau institutionnel et les réalités vécues par certains agents sur le terrain. La question demeure : comment garantir une riposte efficace et durable si les acteurs chargés de la mettre en œuvre restent confrontés à des incertitudes sur leurs conditions de travail ?
La résolution rapide de ce différend apparaît désormais comme un enjeu majeur, non seulement pour les prestataires concernés, mais aussi pour la continuité des actions de lutte contre Ebola en Ituri.
Joël Heri Budjo