La situation épidémiologique reste préoccupante en Ituri. Pour l’Ir Dieudonné Lossa, coordonnateur de la Société civile de l’Ituri, la maladie continue de progresser, tandis que plusieurs défis persistent dans la riposte, notamment la prise en charge des alertes, les enterrements dignes et sécurisés, la stigmatisation des survivants et la protection des équipes sanitaires.
Le bilan de la riposte contre la maladie à virus Ebola demeure mitigé, selon la Société civile de l’Ituri. L’Ir Dieudonné Lossa estime que la persistance des contaminations et le niveau encore élevé de la mortalité témoignent d’une situation qui reste loin d’être maîtrisée.
« La maladie ne cesse de croître. Jusqu’à ce jour, on n’a pas encore atteint les pics de contamination », relève-t-il, soulignant également l’insuffisance de la sensibilisation et la persistance de certains comportements à risque au sein de la population.
Des avancées, mais encore de nombreuses insuffisances
La Société civile reconnaît néanmoins certains progrès dans la réponse. Ir Dieudonné Lossa cite notamment la mise en place de laboratoires dans différentes zones de santé ainsi que le déploiement d’ambulances.
Mais ces moyens restent insuffisants au regard des besoins. Selon lui, lors de certaines alertes, les équipes sanitaires sont débordées et les ambulances peuvent prendre plusieurs heures avant d’arriver sur le lieu du signalement.
« On peut attendre toute la journée, on n’a pas encore vu les ambulances venir », déplore-t-il.
Les enterrements dignes et sécurisés toujours problématiques
Autre préoccupation soulevée par la Société civile : les difficultés liées aux enterrements dignes et sécurisés (EDS).
Ir Dieudonné Lossa affirme avoir constaté des situations dans lesquelles des familles doivent elles-mêmes rechercher les moyens nécessaires pour l’achat du cercueil ou l’organisation de l’inhumation.
Il rapporte également des cas où des dépouilles auraient été abandonnées dans des cimetières, obligeant des membres des familles ou des jeunes des quartiers à intervenir.
Pour la société civile, ces dysfonctionnements risquent d'alimenter la méfiance envers les équipes de riposte et de compliquer davantage la lutte contre Ebola.
La stigmatisation des survivants inquiète
La stigmatisation constitue également un autre défi majeur. Selon Ir Dieudonné Lossa, certains survivants d’Ebola rencontrent des difficultés à leur retour dans leurs communautés. Cette situation crée, d’après lui, frustration et malaise et pourrait décourager certaines personnes présentant des symptômes de se signaler rapidement aux services de santé.
La société civile appelle donc à renforcer la sensibilisation afin de favoriser l’acceptation des survivants et de lutter contre les préjugés.
Il faut protéger les équipes de riposte
La société civile condamne par ailleurs les attaques contre les équipes engagées dans la riposte. L’Ir Dieudonné Lossa fait notamment référence à l’incident survenu récemment à Kandoy, dans le territoire d’Aru, où une ambulance a été incendiée et d’autres véhicules sanitaires endommagés.
Pour lui, la sécurité des agents constitue une condition essentielle à la réussite de la riposte.
« Si on n’assure pas leur sécurité, nous allons perdre encore beaucoup de gens », alerte-t-il.
Il appelle ainsi les communautés à protéger les installations sanitaires et les équipes de riposte, estimant que les violences ne font qu’affaiblir davantage la réponse à l’épidémie.
La rentrée scolaire suscite des interrogations
La société civile de l’Ituri se montre également préoccupée par la reprise des activités scolaires dans un contexte où Ebola demeure actif.
Ir Dieudonné Lossa s’interroge notamment sur les conditions de protection des élèves et des enseignants dans les établissements scolaires qui accueillent de nombreux enfants.
Il rappelle que les mesures sanitaires annoncées par les autorités prévoyaient une limitation du nombre de personnes dans certains rassemblements, alors que certaines écoles comptent plusieurs dizaines d’élèves par classe.
« Si aujourd’hui nos écoles comptent plus de 80 élèves et que nous allons reprendre demain les chemins de l’école, qu’est-ce qu’on va faire de ces enfants ? », s’interroge-t-il.
Le responsable de la Société civile veut également savoir si les enseignants disposent de moyens suffisants pour se protéger face à d’éventuels cas suspects dans leurs classes.
Un report de quelques jours proposé
BFace à ces préoccupations, Ir Dieudonné Lossa propose, si nécessaire, un léger report de la rentrée scolaire, de cinq à sept jours, afin de permettre aux autorités et aux partenaires de renforcer les mesures de prévention.
Selon lui, cette période supplémentaire pourrait être mise à profit pour améliorer les dispositifs de surveillance, renforcer la protection dans les écoles et mobiliser les moyens déjà disponibles.
Il précise toutefois que la Société civile ne s’oppose pas au principe de la reprise scolaire, à condition que des garanties suffisantes de sécurité soient réunies pour les élèves, les enseignants et l’ensemble du personnel éducatif.
La Société civile demande un suivi strict des mesures
Enfin, l’Ir Dieudonné Lossa appelle les autorités à assurer un suivi rigoureux de l’application des mesures sanitaires dans l’ensemble de la province. Il déplore notamment des disparités dans l’application des décisions entre les différents territoires de l’Ituri et demande la mise en place d’un mécanisme de surveillance permettant de vérifier leur respect sur le terrain.
Pour la société civile, la lutte contre Ebola ne peut être efficace sans une application uniforme des mesures, une meilleure protection des agents de riposte, une implication réelle des communautés et des moyens adaptés aux réalités locales.
À travers ces alertes, l’Ir Dieudonné Lossa invite ainsi les autorités à ne pas se limiter à prendre des décisions, mais à veiller à leur application effective sur le terrain, afin d’éviter que la situation épidémique ne se détériore davantage en Ituri.
Joël Heri Budjo