À l'occasion de la Journée dédiée à l'environnement, la question des conséquences écologiques des conflits armés en Ituri revient au centre des préoccupations. Au-delà des pertes en vies humaines et des déplacements de populations, les bombardements et les opérations militaires contribuent à la pollution des sols et des eaux, à la destruction des forêts ainsi qu'à la perturbation de la biodiversité. Face à cette situation, Moïse Ulang'u, Géographe et Environnementaliste, appelle les autorités Congolaises et les partenaires humanitaires à intégrer la restauration des écosystèmes dans leurs interventions.
Selon cet environnementaliste, les bombardements peuvent provoquer la dispersion de métaux lourds et d'autres substances chimiques issues des armes et des munitions. Ces éléments sont susceptibles de contaminer les sols et les ressources en eau, notamment lorsque les eaux de pluie entraînent les polluants vers les nappes phréatiques. Une situation qui pourrait exposer les populations retournant dans leurs milieux d'origine à des risques sanitaires.
En Ituri, cette problématique concerne particulièrement les zones affectées par les opérations militaires contre les groupes armés. Moïse Ulang'u évoque notamment les territoires de Mambasa et d'Irumu, où des bombardements interviennent dans des espaces comprenant des champs de cacao, de maïs et de haricots. Il souligne que les destructions peuvent également toucher les habitations, les infrastructures et les ressources naturelles, y compris lorsque les opérations visent des positions de groupes armés.
La pression sur l'environnement s'accentue aussi avec les déplacements massifs de populations. Les personnes contraintes de fuir leurs villages ont besoin de bois de chauffage, de matériaux pour construire des abris et d'espaces pour s'installer. Ces besoins peuvent entraîner une exploitation accrue des ressources forestières et contribuer à la déforestation ainsi qu'à la destruction des habitats naturels.
Pour l'environnementaliste, les conséquences de cette dégradation risquent de se prolonger après les combats. Il estime que les programmes d'assistance aux personnes déplacées et retournées ne devraient pas se limiter à la distribution de semences et d'outils agricoles. Ils devraient également prendre en compte l'état des terres cultivables, la qualité de l'eau et la restauration des espaces affectés par les conflits.
« Vous pouvez donner à quelqu'un des semences, mais il va les placer où, alors que le sol est déjà pollué ? », s'interroge Moïse Ulang'u, qui plaide pour l'intégration de la réhabilitation environnementale dans les réponses humanitaires.
Il recommande notamment le reboisement des espaces détruits, la création de pépinières communautaires, la reconstruction des infrastructures endommagées et la restauration des habitats de la faune. Il appelle également les forces engagées dans les opérations militaires à mieux tenir compte de la protection de l'environnement et à limiter les destructions lors de leurs interventions.
La responsabilité de cette restauration incombe aussi, selon lui, aux autorités publiques, aux organisations environnementales et aux communautés locales. Il cite en exemple une initiative de reverdissement des collines portée dans la chefferie de Panduru Amagi, qu'il considère comme une expérience susceptible d'être reproduite dans d'autres entités de la province.
Moïse Ulang'u rappelle enfin que la biodiversité ne se limite pas aux ressources végétales. Les animaux, y compris certaines espèces souvent considérées comme nuisibles, participent à l'équilibre des écosystèmes. Leur disparition ou leur déplacement peut ainsi perturber les mécanismes naturels.
Il appelle donc les décideurs, les partenaires humanitaires et les populations à faire de la restauration des espaces dégradés une priorité, afin que le retour des habitants dans leurs villages ne s'accompagne pas de nouvelles menaces liées à la pollution, à la déforestation et à la dégradation de leur environnement.
Joël Heri Budjo