Le gouvernement provincial du Nord-Kivu durcit le ton face à la consommation jugée excessive de boissons fortement alcoolisées. À Beni, une nouvelle mesure interdit désormais la vente et la consommation d’alcool durant les heures matinales, dans une ville où la prolifération de ces produits et leur accessibilité généralisée inquiètent les autorités.
Une réponse à une crise sociale visible
La décision s’inscrit dans un contexte de consommation incontrôlée touchant toutes les couches de la population, y compris les jeunes. Dans plusieurs quartiers, notamment Malepe, des opérations d’interpellation ont été menées la semaine dernière contre des tenanciers de débits de boisson accusés de vendre des produits considérés comme toxiques pour la jeunesse.
Cette approche traduit une volonté politique de contenir un phénomène qui dépasse désormais le cadre individuel pour devenir une question de santé publique et de sécurité urbaine.
Une mesure contournée sur le terrain
Malgré la fermeté affichée, l’application de cette décision se heurte à des stratégies d’adaptation développées par les consommateurs. L’usage de sachets plastiques discrets pour transporter l’alcool permet de contourner les contrôles et de poursuivre la consommation à l’abri des regards.
Ce phénomène met en évidence une limite classique des politiques restrictives : sans adhésion sociale forte, les mesures tendent à se déplacer vers des formes plus clandestines plutôt qu’à disparaître.
Une normalisation inquiétante chez les mineurs
L’un des aspects les plus préoccupants reste l’accès facilité des mineurs à l’alcool et aux cigarettes, en dépit des mentions légales interdisant leur vente aux moins de 18 ans. Dans plusieurs points de vente, ces règles semblent ignorées, contribuant à banaliser des pratiques à haut risque dès le plus jeune âge.
Les témoignages recueillis illustrent cette réalité. Certains vendeurs reconnaissent privilégier les gains économiques au détriment des normes, évoquant même une tolérance implicite liée à des complicités ou à une consommation généralisée, y compris parmi certains agents censés faire appliquer la loi.
Entre adhésion citoyenne et résistance sociale
Si une partie de la population salue cette initiative, notamment des structures de jeunes mobilisées contre l’alcoolisme, une autre frange y oppose une résistance active. Pour certains consommateurs, la mesure est perçue comme une contrainte plutôt qu’une solution.
Cette dualité révèle une fracture entre la volonté institutionnelle de régulation et les pratiques sociales ancrées dans le quotidien urbain.
La question clé : agir sur toute la chaîne
Au-delà de la répression des vendeurs et des consommateurs, de nombreuses voix appellent à une approche plus globale. Selon plusieurs habitants, cibler uniquement les détaillants revient à traiter les symptômes sans s’attaquer à la source du problème.
Ils plaident pour une régulation plus stricte des producteurs et importateurs, estimant que la maîtrise de la chaîne d’approvisionnement constitue le levier le plus efficace pour réduire durablement la consommation.
Une politique à l’épreuve de sa cohérence
La restriction des horaires de consommation d’alcool à Beni apparaît ainsi comme une mesure nécessaire, mais insuffisante à elle seule. Son efficacité dépendra de sa cohérence globale : contrôle du marché, sensibilisation, application équitable de la loi et implication réelle des institutions.
Dans une ville où l’ivresse atteint des niveaux alarmants, avec des conséquences parfois mortelles, l’enjeu dépasse la simple réglementation. Il s’agit de reconstruire un cadre social capable de protéger la jeunesse tout en régulant un secteur profondément ancré dans l’économie locale.
Diddy Mastaki