La récente session de la commission permanente mixte organisée à Kampala entre la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda a ravivé les inquiétudes d’une coalition d’organisations de la société civile environnementale issues des provinces de l’Ituri et du Nord Kivu.
Alors que les discussions portent sur la signature de six (06) nouveaux accords bilatéraux dans le secteur des hydrocarbures, cette coalition appelle à une suspension immédiate de tout nouvel engagement avant la réalisation d’une évaluation environnementale et sociale indépendante et accessible au public.
Selon la coalition, les projets pétroliers en cours du côté Ougandais notamment Tilenga, Kingfisher et le projet East African Crude Oil Pipeline (EACOP) soulèvent déjà des préoccupations majeures quant à leur impact sur les écosystèmes partagés du bassin du Graben Albertine. La rivière Semliki, qui alimente le Nil Blanc et supporte plusieurs États de la région, est particulièrement menacée par ces développements.
Le communiqué souligne en outre l’absence totale de consultation des populations Congolaises directement affectées. Ces dernières, riveraines du lac Albert et de la rivière Semuliki, n’ont pas été informées ni associées dans des conditions conformes aux principes du consentement libre, préalable et éclairé (CLPE). Aucun rapport d’impact environnemental et social, indépendant et transfrontalier, n’a été rendu public ni soumis à l’avis des communautés.
Face à cette situation, la coalition a saisi la Cour de justice de l’Afrique de l’Est (EACJ) pour réclamer une évaluation sérieuse et un renforcement des mesures de protection des ressources en eau, de la biodiversité aquatique et des moyens de subsistance des populations locales.
Par ailleurs, la coalition invite expressément les autorités Congolaises à suspendre la signature de tous nouveaux accords liés au secteur pétrolier dans la zone du lac Albert et de la rivière Semuliki. Cette suspension devrait rester en vigueur jusqu’à l’obtention et la publication d’un audit indépendant portant sur les effets cumulatifs de ces projets sur les écosystèmes partagés.
Cet appel incarne une revendication forte pour une coopération régionale transparente, respectueuse des souverainetés nationales et soumise au respect des droits fondamentaux. Les acteurs de la société civile rappellent que la préservation des ressources naturelles partagées constitue un impératif pour la stabilité de la région des Grands-Lacs.
La coalition rappelle que les lacs Albert, Édouard et la rivière Semuliki représentent des biens communs, dont la sauvegarde incombe à tous les États riverains, et qu’ils ne doivent en aucun cas être compromis au profit des intérêts de l’industrie fossile.
La déclaration est soutenue par un groupe diversifié d’organisations locales dont Synergie des Jeunes pour le Développement et la Défense des Droits Humains (SJDDH), UFAREP, MAIDENI, CREDDHO, FECOPELA, et de nombreuses autres, toutes engagées dans la défense de l’environnement et des droits des communautés riveraines.
Cet épisode illustre les tensions croissantes entre développement économique et protection environnementale dans une région riche mais vulnérable, soulignant la nécessité d’un dialogue inclusif et d’une gouvernance responsable.
Joël Heri Budjo