Déposer les armes, réconcilier les communautés, permettre aux déplacés de rentrer chez eux ; le gouverneur militaire de l’Ituri, le Général-Major Kasongo Mulumba, a présenté ces priorités comme des conditions du retour durable à la paix à Mongbwalu et dans le territoire de Djugu. Mais dans une région où les violences continuent de pousser des familles sur les routes et de perturber l’aide humanitaire, comment traduire ces appels en changements concrets pour la population ?
La question est d’autant plus pressante que la crise sécuritaire et la crise humanitaire se renforcent mutuellement. Selon un rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies (OCHA), publié le 15 octobre, plus de 24 600 personnes ont fui les violences armées à Djugu au cours du mois de septembre 2026. Au moins 16 civils ont été tués, selon ce bilan humanitaire, tandis que les nouveaux déplacements ont accru la pression sur les familles d’accueil et les structures d’assistance.
Devant les habitants de Mongbwalu, jeudi 22 octobre, le Gouverneur a appelé les groupes armés encore actifs à renoncer à la violence, tout en avertissant que les auteurs de meurtres, de pillages et d’actes de terreur devront répondre de leurs actes devant la loi.
« Il n’est jamais trop tard pour abandonner la voie des armes et choisir celle de la paix », a déclaré Gabriel Kasongo Mulumba.
Il a invité ceux qui souhaitent renoncer aux armes à se rapprocher des structures compétentes afin d’examiner les voies légales de désarmement et de réinsertion. En revanche, a-t-il prévenu, ceux qui poursuivent les violences devront assumer les conséquences de leurs actes.
Cette double approche ouverture à la reddition et fermeté à l’égard des auteurs de violences constitue l’un des axes de son discours. Elle pose néanmoins une question essentielle : quelles garanties sécuritaires, quels mécanismes de désarmement et quels dispositifs de réinsertion permettront de transformer cet appel en résultats durables ?. Le Gouverneur n’a pas détaillé, dans son adresse, de calendrier opérationnel ni de moyens chiffrés pour la mise en œuvre de ces orientations. Le contexte reste fragile. Début octobre, les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) avaient dénoncé des violations du cessez-le-feu et des attaques contre des civils dans plusieurs localités de Djugu, accusations attribuées dans leur communiqué à des éléments de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP).
Le retour de la paix dépend également, selon le Gouverneur, de la capacité des communautés à dépasser les divisions et à rejeter les discours de haine.
« Nous devons privilégier les dialogues, la tolérance et la réconciliation », a-t-il insisté, appelant les habitants à ne pas céder aux manipulations susceptibles d’opposer les communautés entre elles.
Cet appel place la cohésion sociale au cœur de la réponse aux violences. Il suppose toutefois un travail de proximité impliquant les autorités locales, les chefs coutumiers, les responsables religieux, les associations de femmes et de jeunes ainsi que les enseignants. Le Gouverneur leur a demandé de contribuer à la sensibilisation et à la prévention des tensions. Il a aussi exhorté la population à transmettre aux services de sécurité toute information fiable pouvant aider à prévenir des attaques, sans recourir à la justice populaire ni propager de fausses informations.
Pour que cette démarche produise des effets, le dialogue devra pouvoir s’appuyer sur des mécanismes de médiation, la protection des civils et un traitement des différends qui évite les représailles. Le discours du Gouverneur fixe une orientation, mais ne précise pas quels dispositifs locaux seront mobilisés ni comment leurs résultats seront évalués. Derrière les chiffres des déplacements se trouvent des familles qui ont perdu leur logement, abandonné leurs champs ou dû se séparer de leurs proches pour trouver refuge. En Ituri, les besoins dépassent largement les derniers mouvements enregistrés à Djugu. Selon les données d’OCHA, la province comptait environ 1,09 million de personnes déplacées internes au 7 septembre 2026. Les besoins concernent notamment la nourriture, les abris, les soins de santé et la protection.
Face à cette situation, le gouverneur a estimé que les opérations de sécurité devaient s’accompagner du retour des personnes déplacées, de la reprise des activités économiques et du rétablissement des services publics.
« Les opérations de sécurité doivent aller de pair avec les dialogues communautaires, la réconciliation, les retours de personnes déplacées, la relance des activités économiques et le rétablissement effectif des services de l’État », a-t-il déclaré.
Un processus d’identification des déplacés souhaitant regagner leurs villages d’origine a d’ailleurs été lancé le 8 octobre par le gouvernement provincial et ses partenaires humanitaires, en commençant par le site de la plaine de Savo. Cette opération selon notre source, vise à préparer des retours volontaires et à évaluer les besoins de réinsertion. Des représentants des déplacés ont cependant souligné que le retour dépendait de l’amélioration de la sécurité et de l’accompagnement des familles.
Ce préalable est déterminant. Un retour organisé sans garanties de sécurité ni moyens de subsistance risque de placer les familles dans une nouvelle situation de vulnérabilité. La réinstallation doit donc s’accompagner d’une protection effective, d’un accès aux services essentiels et de conditions permettant aux habitants de reprendre une vie normale. Pour le gouverneur, la pacification doit également rendre aux habitants la possibilité de travailler sans crainte. Il a évoqué les agriculteurs empêchés de cultiver leurs champs, les enfants qui doivent pouvoir étudier tranquillement et les opérateurs économiques qui souhaitent exercer leurs activités sans être exposés aux violences. Cet aspect économique est essentiel à la durabilité de la paix.
« La paix n’est pas uniquement l’affaire des militaires. Elle est une responsabilité collective », a-t-il affirmé.
Lorsque les populations ne peuvent plus accéder à leurs terres ou circuler en sécurité, les revenus des ménages diminuent et leur dépendance à l’aide humanitaire s’accroît. La reprise des activités suppose donc davantage que le retour des forces de sécurité. Elle nécessite des routes accessibles, des services publics fonctionnels et un environnement dans lequel les producteurs, commerçants et transporteurs peuvent travailler sans crainte. En réunissant désarmement, réconciliation, retour des déplacés, relance économique, Gabriel Kasongo Mulumba a défendu une approche globale du retour à la paix à Mongbwalu et dans le territoire de Djugu.
Joël Heri Budjo