Une quarantaine de médias en ligne actifs à Goma, mais un secteur toujours fragile. C'est le constat que dresse le journaliste Balongelwa Aluta David dans son mémoire de fin de cycle défendu à l'Université Officielle de Bukavu (UOB) au cours de l'année académique 2025-2026.
Intitulé « La prolifération des médias en ligne à Goma à l'ère de l'intelligence artificielle : défis et Perspectives», son travail porte sur la période 2020-2025 et s'appuie sur une étude qualitative, une analyse documentaire, recensement des sites d'information et entretiens avec une quinzaine de journalistes et responsables de médias à Goma.
Des médias nombreux mais précaires
Selon ses résultats, la ville de Goma compte aujourd'hui une quarantaine de sites d'information actifs. Cette multiplication ne signifie pas pour autant que le journalisme se porte mieux.
Les rédactions restent confrontées à des difficultés structurelles, manque de moyens financiers, insécurité, coupures d'Internet, coût élevé de la connexion, retards de paiement des salaires et absence de protection sociale.
Conséquence, des rédactions peinent à rémunérer leurs journalistes, à assurer la continuité de leurs activités et à investir dans du matériel adapté.
Le chercheur relève également une forte dépendance aux réseaux sociaux, notamment Facebook, pour la diffusion de l'information. Une dépendance risquée, car le moindre changement d'algorithme de visibilité peut réduire drastiquement l'audience des médias.
« Avoir plusieurs sites d'information dans une ville ne garantit ni de bonnes conditions de travail pour les journalistes ni une véritable indépendance financière des médias », résume-t-il.
L'intelligence artificielle, une utilisation encore limitée et crainte
Alors que l'intelligence artificielle s'impose dans le monde des médias, son utilisation reste très limitée à Goma.
Les usages relevés concernent surtout la traduction automatique et les assistants de rédaction. Aucune des rédactions interrogées ne dispose d'une stratégie claire d'intégration de l'IA.
Trois facteurs expliquent cette faible adoption : le manque d'argent, l'insuffisance de formation et les difficultés d'accès à Internet. À cela s'ajoute la crainte de nombreux journalistes de voir l'automatisation réduire leurs opportunités d'emploi.
Pourtant, le mémoire reconnaît des avantages potentiels, aide à la traduction, classement de documents, recherche d'informations, préparation de contenus. Mais l'auteur alerte, ces outils ne sont pas infaillibles.
La désinformation
Le principal danger pointé est celui de la désinformation. L'IA permet de produire très rapidement textes, images et vidéos, mais ces contenus peuvent être faux ou trompeurs.
Sans vérification rigoureuse, leur usage risque d'amplifier la circulation des fausses nouvelles et de brouiller la distinction entre faits réels et contenus fabriqués. Un enjeu crucial à Goma, où le contexte sécuritaire exige une information fiable et vérifiée.
Pour Balongelwa Aluta David, l'IA ne doit pas remplacer les fondamentaux du journalisme : vérifier les faits, croiser les sources, respecter la vérité et protéger la crédibilité.
« La technologie peut aider le journaliste dans son travail, mais elle ne doit pas décider à sa place de ce qui est vrai ou faux », insiste-t-il.
Des recommandations pour un usage responsable
Face à ce constat, le chercheur estime que dans les conditions actuelles et en l'absence de règles adaptées, l'intelligence artificielle présente davantage de risques que d'avantages pour les médias en ligne de Goma.
Recommandations
Le renforcement de la formation des journalistes à l'usage responsable de l'IA ; l'élaboration de règles éthiques et juridiques adaptées au contexte Congolais ; l'amélioration des infrastructures numériques pour faciliter l'accès à Internet ; l'amélioration des conditions de travail et de la viabilité financière des rédactions.
En définitive, cette étude rappelle que le développement du journalisme numérique ne dépend pas seulement du nombre de sites ou de l'arrivée de nouvelles technologies.
Pour que l'IA devienne un véritable allié de l'information, trois conditions restent indispensables : des journalistes formés, des médias disposant de moyens suffisants et la vérification des faits comme priorité absolue.
DM Ngovoka