Au lendemain de l’élection présidentielle du 15 janvier en Ouganda, une série de messages publiés sur le réseau social X par le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces de défense terrestres et fils du président réélu Yoweri Museveni, a provoqué une onde de choc aussi bien au niveau national qu’international.
Dans ces publications, le haut gradé adopte un ton ouvertement triomphaliste et menaçant à l’égard de l’opposition, en particulier du « National Unity Platform » (NUP), le parti de Robert Kyagulanyi, dit Bobi Wine. Les propos, qui évoquent des violences présumées, des menaces de mort et l’éradication politique de l’opposition, franchissent un seuil grave dans un contexte post-électoral déjà marqué par des accusations de fraudes, de répression et de coupure d’internet.
Une parole militaire hors de tout cadre républicain
Que de tels messages proviennent d’un officier supérieur encore en fonction pose un sérieux problème institutionnel. Dans un État de droit, l’armée est tenue à une stricte neutralité politique. Or, les tweets du général Muhoozi s’apparentent moins à des opinions personnelles qu’à une communication de force, assumée et intimidante, adressée à des citoyens et à un parti politique légalement reconnu.
En se félicitant publiquement de morts présumées, en appelant à des violences futures et en présentant l’opposition comme une entité à « éliminer », le général brouille dangereusement la frontière entre sécurité nationale et répression politique. Cette rhétorique alimente la peur, délégitime toute contestation et renforce l’idée d’une militarisation totale du processus politique Ougandais.
Une normalisation inquiétante de la violence politique
Ces déclarations interviennent alors que des organisations de défense des droits humains documentent des arrestations arbitraires, des morts de manifestants et des restrictions sévères des libertés publiques durant et après le scrutin. Dans ce contexte, les propos du général Muhoozi ne peuvent être relativisés comme de simples provocations numériques : ils participent à la normalisation de la violence comme outil de gouvernance.
Le fait qu’un responsable militaire revendique ou banalise publiquement des violences présumées contre des opposants politiques constitue un signal alarmant pour l’avenir démocratique du pays. Cela jette également une ombre sur la crédibilité des institutions électorales et judiciaires, déjà mises à mal par les contestations des résultats.
Silence des institutions, malaise régional
Jusqu’ici, aucune sanction officielle ni désaveu clair n’a été annoncé par les autorités Ougandaises à la suite de ces publications. Ce silence renforce l’impression d’impunité et nourrit les craintes d’une dérive autoritaire assumée au sommet de l’État.
Au-delà des frontières ougandaises, ces sorties verbales risquent d’accentuer le malaise au sein de la région des Grands-Lacs, déjà fragilisée par des conflits armés, des tensions politiques et des accusations récurrentes d’ingérence et de violations des droits humains.
Une ligne rouge franchie
Les tweets du général Muhoozi Kainerugaba marquent une rupture grave avec les principes élémentaires de retenue, de responsabilité et de professionnalisme attendus d’un chef militaire. Ils posent une question centrale : l’Ouganda peut-il encore garantir un espace politique pluraliste lorsque la parole armée s’érige ouvertement contre l’opposition ?
Dans une démocratie, les élections, même contestées, doivent ouvrir la voie au dialogue et aux recours institutionnels, non à la menace et à l’intimidation. À défaut d’un rappel ferme à l’ordre républicain, ces dérives verbales pourraient bien devenir le symbole d’un pouvoir qui ne gouverne plus par le consentement, mais par la peur.
Rédaction